| Bachs-Scherrer Gallery Exhibition's folder (Caluire) |
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Claude Gazier assure qu’il ne s’agit nullement pour lui d’exprimer une nostalgie, mais plutôt de rendre présents des souvenirs. Que peut-on faire quand on est peintre et que l’on aime passionnément un certain type de cinéma maintenant disparu ? Claude Gazier commence quant à lui par recouvrir les visages d’un bleu intense : la réalité est ainsi suffisamment déréalisée pour qu’elle apparaisse étrange : une distance est établie. Le problème n’est pas de nous dire : ”voici Marlène”, mais bien : ”voici mon premier souvenir de Marlène”, ce qui n’est évidemment pas la même chose. Cependant, ayant établi une distance (par rapport au sujet), le peintre a créé dans le même temps une très forte proximité (par rapport a la peinture cette fois—ci). Il a en effet choisi de travailler un matériau très particulier, fait de fragments de marbre agglomérés, qui donne un poids, un effet de présence exceptionnel au tableau. Son projet est aussi éloigné que possible de la recherche d’une imitation du rectangle lumineux de l’écran. voici au contraire des objets lourds : la profondeur, dans ces tableaux, n’a rien de cinématographique, elle est essentiellement picturale. De telle sorte que ces stars s’imposent à nous par effet de présence curieusement ambigu, puisque fait de distance et de proximité a la fois. Il me semble que toute l'œuvre de Claude Gazier résonne comme un cri d’amour a l’authentique cinéma de sa jeunesse - disons le cinéma du temps ou n’existait que si peu la télévision - et comme une dénonciation implicite, mais ô combien éloquente, de la vacuité du cinéma fabriqué actuellement pour (et part) la télévision. Claude Gazier me semble reprendre, a vingt ans de distance et avec ses propres moyens, le combat mené par Fellini avec son admirable Ginger et Fred contre ce qui se tramait alors. C’était le temps ou le cinéma italien sombrait corps et biens, déjà berlusconisé par un entrepreneur expert en décervelage du peuple, prédécesseur du patron d’une grande chaîne de télévision française déclarant tout récemment s’employer à ce que son public soit disponible pour accueillir les messages de Coca-Cola. Claude Gazier ne crée pas de pamphlet, il démontre simplement que la peintre a toujours le pouvoir de traduire sans discours toute chose concernant l’homme. Le langage artistique, chez lui, provoque de la présence avant de susciter du sens : c’est la leçon que je tire de la célébration d’un certain cinéma disparu par Claude Gazier aujourd’hui. Jean-Luc Chalumeau, octobre 2004.
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